Né en Algérie, José-Alain Fralon a débuté comme pigiste au Progrès à Grenoble. Il a été correspondant du Matin pour les affaires européennes, responsable de l’édition Afrique de l’Express, correspondant du Monde à Bruxelles pendant six ans, puis à Moscou. Grand reporter notamment au Kosovo et en Roumanie puis rédacteur en chef-adjoint au  Monde, José-Alain Fralon témoigne d'une époque révolue, par des anecdotes et des histoires tirées de son expérience de journaliste de terrain. Il est l'auteur d’une dizaine d’essais ou biographies dont Jacques Chevallier, l’homme qui voulait empêcher la guerre d’Algérie (Fayard 2012), Maurice Ronet, Le splendide désenchanté (Equateurs 2013), Les secrets du Tour de France (Vuibert 2016). Il a publié en 2018 aux éditions La Tengo Le Journalisme avant Internet.

« La première leçon de journalisme m'a été donnée quand j'ai commencé comme pigiste. Raconte ce que tu vois ! J'ai toujours, par la suite, privilégié les faits observés, et j'ai besoin de m'appuyer sur les faits pour raconter des histoires et mettre en scène l’info ! »

« C'était pas mal avant ! Avant...Internet, avant les téléphones portables, avant les réseaux sociaux ! C'était une époque où les grands reporters avaient du temps, pour enquêter sur place. Il fallait du temps parfois pour trouver un téléphone ! Nous avions aussi des moyens – le journaliste du Figaro qui achetait des avions ! - une grande indépendance et une grande liberté vis-à-vis de nos rédactions. Nous allions parfois sur le terrain, là où il ne se passait rien ! ».

José Alain Fralon évoque plusieurs figures remarquables de cette époque :  Le  bidonneur magnifique  François Caviglioli au Nouvel Observateur, le fait –diversier du Dauphiné Libéré, André Veyret, Françoise Chipaux la baroudeuse du Monde ou Lucien Bodart le grand reporter du France Soir de Pierre Lazareff où débuta spectaculairement Philippe Labro, ou encore Antoine Blondin et Pierre Chany grandes plumes du cyclisme.

« Pour m’exprimer, j’ai besoin d’un stylo. Je ne suis pas très à l’aise avec les photos. J’aime raconter des histoires, par exemple sur le Tour de France qui était «  Le  monument de la culture populaire française ». Nous avions une grande proximité avec les coureurs et les femmes étaient interdites de visite sur la Grande Boucle. Aujourd’hui, tout est différent »
 
J A Fralon et J C Charrier
« Un reportage local peut avoir autant d’intérêt qu’un reportage au bout du monde. Il y a autour de nous des gens extra ordinaires qui ont des choses pas banales à raconter. Pour le reporter, il faut accepter de regarder avant de juger et de donner son avis ».

« La différence avec aujourd‘hui est d‘avoir ringardisés ceux qui, pour avoir un peu baroudé, pouvaient revenir sans avoir choisi leur camp ! A l'encontre de ce mouvement qui s‘est amplifié depuis, visant à éditorialiser toute information pour nourrir des débats contradictoires et des polémiques. Bref, faire le buzz (et tuer le reportage). D‘où ma formule : ni Tintin, ni Plenel ! ou encore pour imiter Arletty : « J‘pense pas, j‘raconte ! ».

« Un changement est intervenu en 1989 en Roumanie avec Timisoara (rumeurs et désinformation) et le rôle de la télévision dans la « révolution » roumaine. »

« Quelle qualité pour un bon reporter ? La modestie et la curiosité pour se laisser imprégner par les faits. Il faut aussi de la modestie dans l’écriture… Il n’est pas certain que les écoles de journalisme préparent de bons reporters. Faut-il faire autant d’études pour devenir journaliste ? C’est un métier qui s’apprend d’abord sur le terrain au contact de la réalité. »

Les questions de la salle et de Jean-Claude Charrier ont porté notamment sur la situation en Russie, pays dans lequel José-Alain Fralon a séjourné deux ans,  sur l’Algérie, pays natal du conférencier et sur la revue Snock.
Notes de Patrice Saint André et de Jean-Claude Charrier