Devant un public nombreux Pierre HASKI, habitué de la chronique quotidienne Géopolitique de France Inter, a d’abord rappelé sa période de correspondant de Libération en Chine à partir de 2000 en comparant les situations de Hong Kong et Pékin. Puis planté le décor : « Tout ce que l’on a pas compris sur la Chine ».
La Chine a été très perturbée par l’échec de l’URSS qui était le modèle du communisme depuis  l’origine. Sur la période 1989/1992 sous l’impulsion de Deng Xiaoping «  Le petit timonier », a été mis en place Le contrat social chinois basé sur plusieurs éléments : faire émerger la classe moyenne qui doit être la base sociale du parti communiste, «  Il faut que les gens aient quelque chose à perdre » à la différence de ce qui s’est passé en URSS. Le parti doit s’adresser à toute la population (y compris les capitalistes qui peuvent être membre du parti !) et être le réservoir et le chemin d’accès au pouvoir et aux responsabilités. Il faut passer « d’un étatisme brouillon à un système hyper efficace », le couple efficacité+ puissance devant compenser la perte de liberté. Dans une vision prospective,  Les objectifs de conquête sont fixés à 20 ans. Pierre HASKI illustre cette conquête dans des secteurs comme la voiture électrique où nous sommes totalement dépendants des batteries  chinoises et de leur maîtrise des minerais rares. La domination dans le domaine de la 5G est un autre exemple.
Cet esprit de conquête s’accompagne d’un raidissement idéologique, tant il est vrai selon la formule de Xi Jinping «  Il vaut mieux être craint qu’être aimé ». Ce glissement se traduit dans la bascule de l’opinion européenne à l’égard de cette évolution de la Chine dont elle perçoit l’ambition sans limite, le retour de la dimension impériale. Pierre HASKI cite l’exemple de la Lituanie, petit pays balte,  à qui la Chine a déclaré une guerre économique totale, pour avoir ouvert un bureau de représentation « de Taïwan », et non « de Taïpei »- la capitale -  comme le tolère uniquement Pékin. La Lituanie s’est ainsi placée sous les foudres chinoises. Pierre HASKI dresse un parallèle avec la guerre froide : «  Nous sommes dans la période d’observation hostile qui précède la phase d’équilibre ».
P Haski

De nombreux sujets sont évoqués par notre invité et en réponse aux questions. La crise du Covid dans laquelle les omissions volontaires de la Chine en décembre 2019, et ses pressions sur l’OMS sont impardonnables. Le système autoritaire a fait preuve de son efficacité pendant presque deux ans, mais le variant Omicron par sa très forte dispersion fait courir un risque de paralysie. La Chine fait main basse sur les ressources naturelles d’Afrique et d’Amérique du Sud. Son taux de croissance passe de 7%  à 5% et  la machine s’enraye comme en témoigne la bulle immobilière. La démographie marquée par la politique de l’enfant unique pendant 40 ans participe à ces difficultés. Le système scolaire est sélectif avec des sociétés de soutien scolaire cotées en bourse.
Le contrôle politique s’est accru par l’intermédiaire des nouvelles technologies du numérique et ses moyens de surveillance. La Chine expérimente des systèmes de bonification -  des bonus que ne désavoueraient pas nos grandes enseignes de la distribution – au bénéfice des citoyens qui se comportent bien et respectent scrupuleusement la loi et le régime. Quant aux médias, ils ont fait l’objet d’une reprise en main depuis longtemps.
Sans que cela constitue une conclusion, Pierre HASKI cite aussi Mao Zedong  «  Même avec 300 millions de morts dans un conflit mondial, nous resterions le pays le plus peuplé au monde ».
Jean-Claude Charrier