Aude DASSONVILLE  a travaillé au Monde, puis à Libération avant de rejoindre Le Parisien en 2000. A partir de 2011 elle écrit sur les programmes de la radio dans Télérama et est actuellement au Monde en charge de l’actualité médiatique. Elle a publié en 2016 avec Jamal Henni TF1, coulisses, secrets, guerres internes chez Flammarion Enquêtes.
En réponse aux questions de Patrice Saint André, Aude Dassonville présente un certain nombre de thèmes présents dans l’actualité médiatique à près de deux mois de l’élection présidentielle française.

Quelle information indépendante ? « Il y a autant d’avis que d’auditeurs, de téléspectateurs ou de lecteurs ». L’activité audio visuelle s’exerce dans un cadre qui est défini et régulé par le CSA, devenu à partir de cette année, l’ARCOM afin d’intégrer la régulation du numérique. Par ailleurs le législateur est attentif  à la qualité et la véracité de l’information – loi Avia – sous le contrôle du Conseil Constitutionnel et le contrôle éventuel du juge.
Changement de ligne éditorial à partir des actionnaires ? Aude Dassonville fait état des nombreux changements intervenus entre les détenteurs du capital du Monde : Kretinsky, Pigasse et Xavier Niel. Ce dernier ayant renforcé son poids comme actionnaire. Toutefois l’organisation du groupe et de sa direction préserve les droits de la rédaction et la ligne éditoriale. Les auditions récentes de commission d’enquêtes du Sénat sur la concentration des médias, peu contraignante, ont permis d’entendre Bernard Arnault se dépeindre «  comme un bienfaiteur la presse » et Vincent Bolloré relativiser son rôle dans les médias «  Ma capacité à imposer des choses n’est pas très importante ». Les bouleversements de la rédaction d’Europe 1 et la ligne éditoriale de Cnews viennent en contrepoint de cette affirmation.
Le Covid et l’élection présidentielle. Si l’épidémie de Covid 19 devait limiter les meetings et les déplacements des candidats, le petit écran pourrait devenir le lieu de la campagne électorale. C’est une opportunité pour les chaines et notamment les chaines d’information.
 
Aude Dassonville
L’inattendu : Hanouna, Morandini. L’inattendu vient de Cyril Hanouna sur C8 qui crée de l’évènementiel, de la politique spectacle tous les jours, avec un équilibre discutable : «  Hanouna, c’est les jeux du cirque ! » . De son côté CNews et Morandini crée également des évènements qui entraine une radicalisation des médias dans cette campagne.
Le Figaro et Zemour La place donnée par CNews à Eric Zemour et son engagement dans la campagne ont entrainé un malaise et une crainte de dérive dans la rédaction du Figaro où il était éditorialiste. Aude Dassonville retrace l’évolution du Figaro, d’ Etienne Mougeotte à Alexis Brezet, plus conservateur, qui a donné une place plus importante aux faits divers et fait évoluer le recrutement.

Fakes news, Médiacités et véracité. «  C’est compliqué ! » résume Aude Dassonville qui se félicite des initiatives prises, en coordination, dans ce domaine par un certain nombre de médias. Pour répondre notamment à la baisse de confiance des Français à l’égard des médias révélée par le dernier baromètre La Croix Kantar En 2022, six sondés sur dix (62 %) portent encore un intérêt à l’actualité, c’est 5 points de moins que l’an passé (67 %), un indice en chute libre depuis 2015 (76 %). Cette préoccupation pour l’information est encore plus faible chez les 18-24 ans.
Les nombreuses questions du public ont pleinement justifiées notre titre d’Observatoire des médias…

Jean-Claude Charrier