Romain Badouart est maître de conférence à l'Université de Cergy-Pointoise et chercheur au sein du laboratoire AGORA. Il a publié en 2017, Le désenchantement de l'Internet. Désinformation, rumeur et propagande, aux éditions FYP.
  • Internet, c'est l'image de la liberté d'expression, mais avec le développement des réseaux sociaux, c'est aussi le meilleur et le pire. Depuis 2010, l'Internet génère beaucoup de désillusions, avec des discours haineux, de la propagande et des Fake news. Quel est le rôle de l'Internet dans la vie démocratique ? Quelle nouvelle culture politique ? Romain Badouart développe sa conférence en 7 points.Sur le web, qui décide de s'exprimer ? Dans les médias traditionnels, les journalistes et les rédactions exercent un filtrage et une hiérarchie des informations. Sur Internet, ce sont les algorithmes qui décident en fonction du nombre de clics. « Sur Google, au-delà de la 10 eme citation, seuls 30 % des internautes vont voir ».
  • Sur les réseaux sociaux, le poids de la parole est lié à la popularité de celui qui s'exprime. Chacun peut s'exprimer, mais la place de la parole est liée au nombre de connexions ou des « amis » connectés. Par ailleurs, on peut acheter ses « amis ». Un véritable marché noir des clics existe, notamment en Macédoine !
  • La frontière entre vie privée et vie publique est devenue floue. Les témoignages « Balance ton porc » en sont un exemple d'actualité.
  • Une dimension identitaire du partage de l'information. Quand on partage de l'information, on dit quelque chose de nous. Beaucoup de Fake News concernent les dépenses publiques, la fiscalité, ce qui renvoie à une communication idéologique bien identifiée.
  • La démocratie se vit en « Push button ». En un clic, on peut signer une pétition sans bouger de son fauteuil ! Pas que des défauts cependant… Cette nouvelle forme de démocratie instantanée, permet à ceux qui ne sont pas à l'aise avec l'écrit de s'exprimer. Il y a là de nouveaux indicateurs. Ils ont joué un rôle décisif dans les « Printemps arabes ».
  • Les réseaux sociaux enferment sur une idéologie. En cherchant de l'information sur Facebook ou Google, on est conforté dans ses opinions par des algorithmes qui filtrent les informations en fonction de nos recherches antérieures. Le Fil d'actualité de Facebook ne montre qu'une faible partie des publications.
  • Une privatisation de l'Internet par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui centralisent sur leurs services sans en rendre compte à personne. La censure pour les Etats devient très compliquée. Facebook fait du nettoyage dans ses publications, mais de façon opaque, sans indiquer les critères de suppression.
Les questions des auditeurs ont été nombreuses, témoignant de l'intérêt du thème…
Les Fake News permettent à des jeunes de gagner beaucoup d'argent, plus de 5000 dollars par mois pour des sites en Macédoine.
Pour se prémunir des Fake News, il faut développer l'éducation aux médias des journalistes (!) et du public. Au sein de l'Education Nationale, c'est encore le parent pauvre. On manque aussi de culture de la protection des données personnelles.
Des moteurs de recherche alternatif existent...mais Google est utilisé par 92 % des internautes et il y a 2 milliards d'utilisateurs de Facebook !
Patrice Saint André
Février 2018
Romain Badouart