Président Directeur Général délégué d'IPSOS*, Brice Teinturier est diplômé de Sciences-Po et titulaire de deux  DEA, en études politiques et en philosophie. Enseignant à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, il est un observateur reconnu des évolutions de l'opinion. Il intervient régulièrement dans les médias audiovisuels et notamment dans l'émission C dans l'air sur France 5.

En Février 2017, Brice Teinturier publie un ouvrage qui a obtenu le prix du livre politique : « Plus rien à faire, plus rien à foutre, la vraie crise de la démocratie » (Edition Robert Laffont)
Brice Teinturier analyse les raisons de la crise de confiance qui éloigne un nombre grandissant de Français de la politique. Il décrit ce qu'il appelle la « PRAF-Attitude » qui s'exprime par « Plus rien à faire » dans une version légère et « Plus rien à foutre » dans une version plus radicale. Le désenchantement et la colère d’un certain nombre de Français s’y expriment. Le dégoût ou l’indifférence s’étendent. Dans les deux derniers mandats présidentiels, les Français ont le sentiment que des solutions pourraient exister mais ne sont pas mises en œuvre. Les causes sont multiples…
L'information est jugée par beaucoup comme peu satisfaisante. « L'information est un miroir, les médias collent à l'usage et prennent le risque du racolage et du divertissement. Ce qu’un responsable de presse appelle  Le plancher collant  qui incite à écrire en fonction du point de vue de l’usager, détecté dans les réseaux sociaux, pour gagner de l’audience. Quelle valeur ajoutée pour ces médias ? ». Les réseaux sociaux, les médias traditionnels et les sondages contribuent sous différentes facettes à la PRAF-Attitude. Il illustre son propos par les journaux télévisés – de moins en moins partagés – et les programmes, dominés par deux référentiels : le décryptage de la consommation et la logique marchande qui renforcent l’individualisme,  le culte et la valorisation de la tradition qui, avec la mémoire, occupent une place grandissante : 13 h de TF1,  émissions « Le plus beau village », «  Top chef » etc.
Brice Teinturier souligne aussi « une crise de la morale », marquée par les scandales économiques, politiques ou sportifs, la crise de la représentation et du résultat, la crise d'identité avec une demande d'exemplarité et de leadership vis à vis des hommes politiques. Il cite le mot de « purge » à propos des dernières élections présidentielles.
Le rôle des sondages a été aussi abordé par le Directeur Général d'IPSOS. « Ils sont une sorte de médiation entre les Français et le pouvoir, un outil pour comprendre l'opinion ». Il note la multiplication des Instituts, qui ne sont pas tous de même niveau. Brice Teinturier connaît aussi les limites et les imperfections (questions biaisées, trop de sondages sans intérêt…) mais il les juge féconds pour le pilotage de l'action publique.
Brice Teinturier
Des raisons d'espérer d'un renouvellement démocratique ? Brice Teinturier évoque le rôle des « civic tech » et des conférences de consensus pour faire vivre la démocratie en permettant aux citoyens de réagir et de proposer des idées. « Les Français ne sont pas dépressifs, ils sont pessimistes. Il y a aujourd'hui, de l'énergie et une forme d'intelligence collective qui donnent  des raisons d'espérer ».
Les questions des auditeurs ont été nombreuses, portant notamment sur le pragmatisme et le réel, le rôle des sondages, l’attitude des médias dans les questions éthiques,  et les conflits entre les décideurs et les grands projets. La décision du gouvernement de ne pas réaliser l'aéroport de NDDL était, bien évidemment, au centre des débats…
*IPSOS, 600 salariés en France. L'institut réalise des sondages et des études principalement dans le domaine  du marketing, études de satisfaction, images de marque, études « corporate »,  études de tendances et études politiques, ces dernières ne représentant qu'une petite part du chiffre d'affaires d'IPSOS.

Patrice Saint André – Jean-Claude Charrier
Janvier 2018