Le conférencier est présenté par Patrice Saint-André
Laurent Mauduit est journaliste, cofondateur de Médiapart. Ancien chef du service économique de Libération, il a été chargé de la politique économique au Monde, puis directeur-adjoint et éditorialiste de ce quotidien. Laurent Mauduit quitte Le Monde en décembre 2006, dénonçant l'entrée du groupe Lagardère au capital du journal.
Le conférencier est l'auteur de nombreux ouvrages, dénonçant notamment l'impuissance des socialistes français face à la montée du capitalisme financier anglo-saxon. En 2016, Laurent Mauduit a publié Main basse sur l'information et en 2018, il est l'auteur d'une enquête sur l'oligarchie de la haute fonction publique qui fait une OPA, selon l'auteur, sur la vie des affaires et le pouvoir politique (La Caste, septembre 2018 – éditions La Découverte)
« Nous vivons une période de régression démocratique », affirme Laurent Mauduit. « Jamais, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la liberté et le pluralisme de la presse n'ont été à ce point menacés, jamais le droit de savoir des citoyens à ce point malmené » (extrait de Main basse sur l'information). En cause, une poignée de milliardaires qui contrôlent la quasi-totalité des médias nationaux de la presse écrite et audio-visuels.
Le conférencier fait alors un rappel historique de la place de la presse dans la société française. A la libération, la presse est une presse libre, indépendante des puissances financières. « Un journal libre pour des hommes libres », la liberté de la presse est le ressort de la démocratie. Puis, dès les années 50, on assiste à l'entrée progressive de propriétaires d'entreprise dans le capital de la presse écrite et audiovisuelle. « Une normalisation économique et éditoriale », précise Laurent Mauduit.
Des hommes d'affaires qui, recherchant une relation d'égale à égale avec le pouvoir politique, créent un écosystème fait de censure et d'auto-censure. Dans ces conditions, les journalistes manquent d'audace et de pugnacité, avec une presse qui devient très proche du pouvoir politique et économique. Le conférencier défend un journalisme rebelle face à un journalisme de complaisance.
L Mauduit
Laurent Mauduit rappelle aussi ce que fut le fondement de Médiapart, dans ce contexte. « Médiapart est un journal écrit sous le contrôle de ses lecteurs, une révolution dans l'histoire de la presse. Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter ! ». Avec 150 000 lecteurs et un bénéfice de 2 millions d'euros, le journal numérique payant se porte plutôt bien. « Je rêve de médias citoyens avec un statut juridique qui protège la presse et les journalistes », conclut Laurent Mauduit.
Une référence aux propositions de Julia Cagé (qui fut aussi l'invitée de l'Observatoire des médias) pour « une société de médias à but non lucratif », un statut intermédiaire entre la fondation et le statut de société anonyme.
Patrice SAINT ANDRE (26-11-2018)