JF KAHNJean-François Kahn, Professeur, puis journaliste au Monde, à l'Express, à Europe 1 et à Antenne 2, Jean-François Kahn a fondé l’Événement du Jeudi (1984), et Marianne (1997) qu'il a dirigé jusqu'en 2007. Essayiste de talent, il a publié une quarantaine d'ouvrages politiques, philosophiques ou historiques (sa formation première). Les titres de quelques-uns de ses livres reflètent une certaine constance des thématiques abordées : La pensée unique (1995), Dictionnaire incorrect (2005), L'abécédaire mal pensant (2007), Menteurs ! (2012), Faut-il croire les journalistes ? (2009), L'horreur médiatique (2014).  En 2019, Jean-François Kahn a publié M, la maudite, la lettre qui permet de tout dire (670 pages, édition Tallandier 2019).

Selon un sondage paru dans la Croix en janvier 2019, la perte de crédibilité touche tous les médias, la radio, la télévision, le journal papier, Internet… Les médias, comme les journalistes, sont largement critiqués. Comment restaurer ou même réinventer la confiance entre les médias et leur public ? Avec sa liberté de parole habituelle, Jean-François Kahn va s'éloigner quelque peu de la question posée par l'animateur, pour traiter de la thématique Peut-on tout dire aujourd'hui ?
« On peut tout dire mais pas avec n'importe qui, pas avec n'importe quel public ». Le conférencier a illustré cette idée avec de nombreux exemples historiques ou plus en lien avec l'actualité. Dans un contexte qui a bien changé (« La bombe atomique des réseaux sociaux »), tout dire n'est pas possible aujourd'hui.

Jean-François Kahn manie l'humour et les bons mots qui emportent l'adhésion du public. Il s'en prend aux extrêmes de gauche comme de droite et notamment ces extrémistes qui ont revêtu un gilet jaune, dans le mouvement qui a interpellé la France, en 2019.
Face aux grandes crises de société, les médias doivent-ils rester neutres ou s'engager ? « La question est mal posée ! Il n'y a pas d'objectivité des journalistes. La neutralité n’existe pas. Chacun écrit avec les filtres de son éducation, de sa culture, de son milieu ». Il reprend la citation de Kant «  Ce que vous êtes contribue à ce que vous percevez ».Et de rappeler sa vie d'éditorialiste du matin à Europe 1 où il fallait chaque jour choisir entre douze sujets et les hiérarchiser. Il préconise une règle d'honnêteté en la matière : " Avouer ses à-priori".
Il resitue le mouvement des gilets jaunes, où il perçoit "quelque chose de pervers", sous un double éclairage : la réduction du pluralisme démocratique dans la presse quotidienne où seulement deux titres nationaux conservent du poids , et le référendum de 2005, clairement opposé au Traité européen mais qui est néanmoins passé "en douce" ultérieurement.
Répondant aux questions du public, il relative les défaillances journalistiques dans la "récente arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès" dans laquelle les sources à priori sûres ont été les premières défaillantes.
Des applaudissements spontanés saluent son refus de boycotter le dernier film de Roman Polanski. Il rappelle Louis Ferdinand Céline l'un des meilleurs écrivains du XXè siècle et ses écrits lourdement antisémites.
Au regard de l'évolution du vocabulaire médiatique ou politique de plus en plus transgressif, il préconise de rejeter toute critique qui animalise les adversaires (" balance ton porc!"). C'est une pratique caractéristique des dictatures.

A travers ses réponses, Jean-François Kahn a montré une nouvelle fois qu'il n'a pas perdu sa capacité d'indignation. Les 400 auditeurs de la conférence ont apprécié et l'ont montré par de chaleureux applaudissements.

Patrice Saint André – Jean-Claude Charrier