En avril dernier, durant le confinement national, l'Université Permanente a lancé un grand concours d'écriture ouvert à tous les étudiants, enseignants et personnels de l'université. Vous avez été très nombreux à répondre à cet appel et nous vous en remercions vivement ! Le jury s'est réuni il y a quelques semaines pour désigner 4 récits confinés et inspirés que nous vous invitons à découvrir ci dessous. Un choix cornélien parmi des textes de grande qualité

Les jurés, encadrés par la journaliste, libraire et enseignante à l'UP Amandine Glévarec, ont été ravis de découvrir que le concours organisé par l’Université Permanente a reçu de nombreuses réponses !
Signe de notre temps et des circonstances particulières que nous avons vécues, les participants ont pour la plupart évoqué la crise sanitaire que nous étions en train de vivre.

Amandine Glévarec, présidente du jury : Si la problématique de se projeter alors « au jour d’après » était perceptible, le fait que l’écriture et sans aucun doute la lecture aient été un refuge dans cette épreuve, constitue la formidable démonstration de la magie inhérente à ces deux activités. L'écriture est aussi, comme dans tous les arts, une technique qui se développe en se pratiquant. Alors continuez à prendre plaisir en laissant libre cours à votre imagination, et gardez en tête que plus on écrit, mieux on écrit.

Pour départager les talents, le jury s’est basé sur la cohérence et l’originalité des histoires racontées, le style a également été pris en compte.
 

Les lauréats du concours d'écriture "Le jour d'après", sont :

1er prix : Clotilde Fizaine avec Basile et Castor
2eme prix : Didier Lengrand avec 35° 30’ 47’'
3eme prix : Guylaine Morillon avec Le Jour d’après
Encouragements du jury : Henri Burgkard avec Le Monde d’après
 

Toute l'équipe de l'Université Permanente ainsi que les jurés félicitent les lauréats, bien sûr, mais également tous les participants.

Clotilde Fizaine - Basile et Castor

Ça avait commencé comme ça : Il avait pris son vélo, comme tous les matins pour aller chez P’tit Louis boire son blanc, mais les gendarmes l’avaient arrêté et lui avaient parlé comme à un gosse : « Faut pas sortir Basile, faut rester chez toi, si tu sors, c’est seulement pour acheter à manger, t’as pas l’droit de te balader, c’est dangereux, tu risques de tuer des gens. » Il s’était dit : « Qu’est-ce qu’ils racontent ces cons là, j’suis chez moi ici, j’fais c’que j’veux », mais en fait il y avait des barrières partout et des mecs en uniforme aux endroits les plus improbables !
Un jour, il en avait même rencontré un, au pied d’un muret, en plein milieu des champs de patates, sur la route déserte, comme tombé du ciel ! Il s’était fait menacer d’amende, de prison peut être ? II n’avait pas tout compris. Après, il avait croisé des copains, l’air tout effaré, qui se détournaient dès qu’il s’approchait. Alors il avait allumé son vieux transistor, et écouté de drôles de nouvelles.
Une épidémie mondiale comme dans un film de science fiction, et une voix qui répétait « restez chez vous », dame, l’avait jamais vu ça ! Il ne fallait pas beaucoup pousser Basile pour un confinement radical.
Lire l'intégralité de la nouvelle de Clotilde Fizaine

Didier Lengrand - 35° 30’ 47"

Ce matin, il est arrivé au pied du shelter avec "toute la poussière de la dune derrière les yeux" comme disait son père. Comme chaque nuit il a mal dormi. Et ça fait des mois... Si longtemps . A croire qu'il en a toujours été ainsi, telle une seconde nature, du moins depuis qu'il a quitté le Soudan...
La nuit dernière, les ronflements des voisins, les cris des cauchemars enfants, les soupirs de maints couples ont été dominés par les plaintes d'une femme en train d'accoucher pas très loin, à l'infirmerie du quartier 4.
Amine n'a pas eu le courage d'aller voir. Les pleurs du bébé, vers 5 heures, puis le silence revenu, montraient assez que l'infirmière éthiopienne avait terminé le travail. La mère, l'enfant allaient bien.
Sitôt grimpé à l'échelle, il a poussé la porte qui grince sur ses gonds rongés par l'air marin. Joris est déjà là, tendant un café fort dans un mug à l'effigie d'Homer Simpson. Amine s'est attribué cette tasse, perdue au milieu d'autres, aux drapeaux italien, allemand, suisse, oubliées là par les humanitaires venus les aider.
Ils étaient nombreux, du moins au début...
Lire l'intégralité de la nouvelle de Didier Lengrand

Guylaine Morillon - Le Jour d’après

Le jour d'après, Stanislas l'avait organisé bien avant d'en connaître la date. Il n'aimait pas être surpris, devoir improviser. Le confinement, il l'avait plutôt bien vécu.
Déjà, il n'avait pas été surpris ; comme bon nombre de français, il le prévoyait et l'attendait avec une pointe de curiosité. Et il y avait chez lui, un penchant à l'indolence qui lui fit accepter aisément la non-obligation de devoir, tout au long de son temps d'éveil, occuper son corps et son esprit. Penchant qu'il combattait farouchement, en temps ordinaire. Surtout, surtout, ne pas faire comme son père.
A la retraite, le jour exact de ses soixante ans, le père de Stanislas s'était installé dans la non-activité. Non pas dans l'oisiveté qui aurait relevé d'un choix assumé, plutôt joyeux, mais dans le manque total d'envie de faire quelque chose autre que le quotidien. A soixante-cinq ans, le premier infarctus survenu avait mis fin à sa retraite paisible mais courte.
Lire l'intégralité de la nouvelle de Guylaine Morillon

Henri Burgkard - Le Monde d’après

Le visage de Florence apparut sur l'écran. Elle eut un pâle sourire.
- Bonjour, mon coeur !
Quelques rougeurs lui marquaient la peau, sans doute le port répété du masque. Rien de plus normal, mais Romain se sentit coupable.
- Pas trop fatiguée, ma petite infirmière chérie ?
- Ça va, ça va. On résiste, comme dans la chanson. L'équipe est vraiment soudée… Mais tu me manques !
La phrase qu'il redoutait d'entendre.
-  Moi aussi, je voudrais tellement être avec toi. Mais avec ton travail, c'était pas possible.
Ils en avaient interminablement débattu avant : leurs appartements respectifs étaient exigus ; en plus, il y avait les horaires chaotiques de Flo, et le risque de contagion. Il le lui rappela doucement.
Lire l'intégralité de la nouvelle de Henri Burgkard