• Le 16 mars 2020
    De 18:00 à 19:45
    Campus Centre Loire
    Amphi 400, faculté de Pharmacie, 9 rue Bias, Nantes
    • 3 € Etudiants UP sur présentation de la carte
    • 5 € "tout public"

Un partenariat Nantes-Histoire et Université Permanente Présentation de l’ouvrage co-signé avec Ibrahimag Poudiougou et Giovanni Zanoletti : 3L’état de distorsion en Afrique de l’Ouest. Des empires à la nation3 (Karthala, 2019)

Jean-François Bayard
Professeur au Graduate Institute (Genève), directeur de recherche au CNRS. Directeur du CERI (Centre de Recherches Internationales) de 1994 à 2000, co-fondateur de la revue Politique africaine qu’il a dirigé de 1980 à 1982, Jean-François Bayart a également fondé la revue Critique Internationale qu’il a dirigé de 1998 à 2003. Spécialiste de sociologie historique comparée du politique, il travaille sur la formation de l’Etat dans le contexte de la globalisation et sur les pratiques de subjectivation politique, en particulier en Afrique sub-saharienne, en Turquie et en Iran.

Ouvrage présenté : L’état de distorsion en Afrique de l’Ouest. Des empires à la nation (Karthala, 2019).
Les classes politiques africaines ont choisi, au lendemain des indépendances, de reproduire le cadre territorial hérité de la colonisation et ont entériné le principe de l’État-nation. Ce dernier contredit la plupart des ressorts politiques, économiques, culturels des sociétés africaines. Mais il a aussi fait l’objet de processus d’appropriation souvent massive, et toujours créative, de la part de l’ensemble de leurs acteurs.
Cette double réalité rend insuffisantes la plupart des interprétations qui mettent l’accent sur des contradictions supposées insurmontables entre un État hérité de la colonisation et les sociétés du cru, sous la forme d’un jeu à somme nulle. Les choses sont en fait plus compliquées. Car les régimes de légitimité, de sécurité, de responsabilité sociale, d’enrichissement, de représentation culturelle et politique du « bon gouvernement » participent simultanément de ces deux dimensions historiques, d’espaces différents, de durées disparates qui s’encastrent les unes dans les autres plutôt qu’elles ne se succèdent.
Cette distorsion inhérente aux sociétés africaines contemporaines est source d’ambivalence, plutôt que d’ambiguïté comme le pensaient Cheikh Hamidou Kane et Georges Balandier. Elle rend problématique l’institutionnalisation d’une gouvernance de la transparence, et tend à inscrire la compétition politique, l’accumulation de la richesse et la lutte sociale dans l’ordre de la violence.