• Le 12 novembre 2019
    De 14:30 à 16:00
    Campus Centre Loire
    Amphi 9, faculté de Médecine, 1 rue Gaston Veil Nantes
    • Gratuit étudiants UP, étudiants en formation initiale et Personnel de l'Université sur présentation de la carte
    • 5 € entrée "tout public"
    Aucune réservation, billetterie sur place

  • Plan d'accès

"Si Peau d'âne m'était conté, j'y prendrais un plaisir extrême" (Jean de La Fontaine)

D Peyrache LeborgneDans la tradition du conte lettré ou populaire, comme dans les réécritures ou reconfigurations modernes, le personnage féminin poursuivi ou persécuté par son père dans le conte-type Aa Th 510 B (dont la version la plus célèbre est pour les français la "Peau d'âne" de Perrault), ainsi que le motif de la peau d’animal qui dissimule l'identité de l'héroïne, s’inscrivent le plus souvent dans le schéma du conte initiatique à issue réparatrice.
Quelle que soit la nature de l’animal ou de la peau d’animal qui favorise la fuite de l'héroïne, ce retour à l'animalité possède une double fonction : il est à la fois expérience de l'altérité, de la déchéance sociale, et protection contre l’inceste ou le danger de mort. Cette ambivalence constitutive est un des aspects à travers lesquels le conte-type Aa Th 510 B communique avec les contes centrés sur le motif des fiancés animaux ; ce motif est lui-même fondé sur une ambivalence dans le rapport à l’animalité car celle-ci est pensée comme étant de l’ordre à la fois de l’infra-humain (la « bestialité ») et du supra-humain (la Nature et les dieux).
Du fait de cette ambivalence, nous serons sensibles aux glissements tragiques que certains artistes contemporains ont choisi d'opérer dans le retravail de ces motifs. Dans la nouvelle et le roman contemporains (Christine Angot, Catherine Cusset), il n'est pas rare que le motif de la peau d'âne, notamment, soit le support d'une réflexion inquiète sur le corps, sur la sexualité et sur la condition féminine ; réflexion qui remet en lumière toutes les formes d'aliénation que le désir continue d'alimenter au sein de hiérarchies sociales et sexuelles parfois aussi persistantes que camouflées. Le corps serait-il donc pensé comme un principe de fatalité, une donnée anthropologique véritablement tragique, une intarissable source de violence et d'anarchie au sein de sociétés qui se présentent pourtant comme policées? Là encore, les réponses ne sont pas simples, et certains artistes ouvrent des voies nouvelles dans leur lecture plurivoque de l'animalité, en redonnant humanité et beauté aux plus éprouvantes des peaux.

Dominique Peyrache-Leborgne, Professeure de littérature comparée à l'Université de Nantes.
Spécialiste du romantisme, a travaillé sur Victor Hugo, les poètes anglais, les romantiques allemands, les contes de Grimm.
Travaille actuellement sur les contes littéraires et les contes populaires.