• Le 06 février 2019
    De 14:30 à 16:00
    Campus centre ville
  • Gratuit étudiants UP sur présentation de la carte étudiant 2018/2019
    5 € tout public
    Aucune réservation, billetterie sur place
  • Plan d'accès

Emilie du ChâteletGabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil est née en 1706 à Paris et elle reçoit, grâce à la volonté de ses parents, la même éducation que ses deux frères, qui comprend latin, grec, allemand, espagnol mais aussi mathématiques et sciences physiques. Très jeune elle lit Descartes et Leibniz et elle côtoie Bernard de Fontenelle et Voltaire dans le petit cercle littéraire organisé par son père. Mariée à l’âge de 19 ans au Marquis de Châtelet, elle s’adonne un temps à la vie mondaine de la Cour avant de se tourner vers une vie scientifique intense. Elle reçoit des leçons de mathématiques de deux Académiciens, Pierre Louis Moreau de Maupertuis et Alexis Claude Clairaut, lequel écrit pour elle des Éléments de géométrie d’une teneur tout à fait nouvelle. Notre propos est de resituer la Marquise dans son époque, afin de comprendre comment elle a été considérée en son temps comme une mathématicienne de talent par ses confrères et comment son œuvre s’inscrit dans l’esprit des Lumières.  L’intérêt d’Émilie du Châtelet pour l’œuvre de Newton est lié à ses relations privilégiées avec Voltaire et il est marqué très tôt par l’écriture d’un Essai sur l’optique, resté inachevé. Mais la Marquise est aussi captivée par les théories de Leibniz. La première œuvre qui nous intéresse sont ses Institutions physiques de 1740, conçues comme une initiation à la physique moderne à l’intention de son fils. Pour apprécier l’originalité scientifique et pédagogique du propos, nous mettrons cet ouvrage en parallèle avec les fameuses Lettres à une princesse d’Allemagne, écrites quelques vingt ans plus tard par le grand Leonhard Euler. La seconde œuvre, qui a rendue la Marquise célèbre à juste titre, est sa traduction des Principes mathématiques de la philosophie naturelle de Newton commencée en 1745. Dans la réussite de cette entreprise, ce n’est pas tant la difficulté du latin de Newton ou la reprise en calcul leibnizien du livre III de Newton qu’il faut mettre en avant pour admirer la Marquise, que d’abord d’avoir compris et rendu intelligible la géométrie inventée par Newton pour traiter du mouvement dans l’univers. Ceux qui ont tenté de lire Newton en conviendront, et aussi de la dette que nous devons à la Marquise encore aujourd’hui.   Émilie du Châtelet est à son époque, par bien des côtés, une mathématicienne à part entière parmi les autres mathématiciens, même si elle doit se déguiser en homme pour profiter des discussions. Quoiqu’elle ne puisse pas, en tant que femme, être membre de l’Académie des Sciences, elle envoie une réponse heureusement anonyme à un concours de cette Académie. Elle s’engage dans des disputes scientifiques, qui sont nombreuses alors, et elle se révèle une adversaire pugnace et implacable par ses raisonnements dans la controverse qui l’oppose au secrétaire de l’Académie, Jean-Jacques Dortous de Mairan. Elle a toutes les ambitions d’un scientifique conscient de la valeur de ses écrits, alors qu’enceinte elle demande que ses textes soient conservés par le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque royale, demande qui est acceptée. La Marquise meurt en effet des suites de son accouchement en 1749. Voltaire écrit alors au roi Frédéric II de Prusse qu’il a perdu un ami de vingt-cinq années, « un grand homme qui n’avait que le défaut d’être femme, et que tout Paris regrette et honore ». Mots qui laissent le sentiment d’une impossible interprétation, mais qui questionnent la singularité de la vie de cette mathématicienne à l’époque dite des Lumières, époque qui tout à la fois a pu permettre et refuser son avènement.

Evelyne BARBIN
Professeur émérite, histoire des sciences et des techniques, université de Nantes